projet

Bâtir un territoire de son esprit
Concept
Ce projet propose un cycle d’ateliers d’écriture créative basé sur l’imagerie mentale pour permettre aux personnes atteintes du trouble de la personnalité borderline de construire un refuge intérieur protecteur et structuré.
Contexte
Le projet naît d’une collaboration entre l’Association du trouble de la personnalité borderline et l’association Les Ateliers de Création Citoyenne pour répondre aux besoins cliniques spécifiques du trouble de la personnalité borderline. Ce trouble se caractérise par une difficulté de gestion des émotions intenses, la fragilité de l’image de soi, l’impulsivité, une peur de l’abandon prononcée et des difficultés relationnelles.
La prise en charge du trouble borderline est encore très inégale parce que les thérapeutes sont encore peu formés aux spécificités de ce trouble et aux thérapies adaptées pour y faire face. À Genève, l’unité du Trouble de la Régulation Emotionnelle (TRE) rattachée aux HUG est une ressource importante pour les personnes diagnostiquées, mais il reste que les temps d’attente sont longs et pénibles pour les personnes dont la situation clinique demande une prise en charge rapide. Les thérapies alternatives, dont l’art-thérapie, sont des leviers importants pour accompagner les personnes dont le quotidien est altéré par la souffrance que génère la dysrégulation émotionnelle.
L’écriture créative constitue un médium particulièrement adapté à ce public. Il est fréquent que les personnes qui vivent avec un trouble borderline aient une pratique artistique, et passent par l’écriture pour mettre à distance les émotions : en couchant sur le papier ce qui vient spontanément à l’esprit, on le quitte, on passe à autre chose. Nous cherchons à aller plus loin : à utiliser l’écriture pour créer un territoire mental qui serve de refuge dans des situations d’anxiété, un territoire qui permet d’y ranger, classer, laisser ses émotions les plus intenses.
Notre projet s’appuie sur les neurosciences, et plus particulièrement sur la technique de la safe place imagery (imagerie d’un lieu sûr), qui démontre que la création de représentations visuelles internes a un impact stabilisateur sur le système émotionnel. Face au sentiment d’insécurité souvent ressenti par ce public, le projet propose de transformer l’imaginaire en une ressource concrète de résilience.
L’originalité du projet réside dans l’articulation entre les connaissances issues des neurosciences, les pratiques d’écriture créative et les principes de l’art-thérapie. Là où les techniques de visualisation sont généralement utilisées sous forme d’exercices ponctuels, le projet propose de leur donner une forme durable à travers la création d’un véritable territoire intérieur par l’écriture.
Objectifs
- Développer un refuge mental personnel : créer un "lieu sûr" imaginaire activable en période de stress.
- Renforcer la régulation émotionnelle : apprendre à identifier, exprimer et mieux gérer ses émotions par l’exploration créative.
- Favoriser l’autonomie : fournir des outils concrets et pérennes pour le bien-être psychique.
- Valoriser l’estime de soi : découvrir ses propres ressources créatives et explorer les facettes positives de son monde intérieur.
Public cible
Le projet s’adresse à un groupe de 6 à 10 participants diagnostiqués avec un trouble de la personnalité borderline (TPB). Ce public se caractérise par une hypersensibilité émotionnelle et un besoin crucial d’ancrage ; le projet leur offre ainsi un canal d’expression sûr, sans pression de jugement, pour transformer leurs émotions complexes en métaphores apaisantes.
Méthode
La méthodologie repose sur le concept de territoire de l’esprit : un outil mental qui offre à chaque individu un espace de confiance, de réflexion sur soi et de création, composé de plusieurs endroits selon l’imagination de la personne. Le cycle se déroule sur 6 ateliers mensuels de 1h30. Chaque séance suit une structure rigoureuse : un temps d’accueil et de recentrage, suivi d’une induction créative (musique, mots piochés, contraintes de forme) qui guide l’écriture individuelle. Atelier après atelier, le participant utilise le conte, la poésie ou la prose pour bâtir les différentes pièces et paysages de son territoire mental, ancrant ainsi une visualisation passagère dans une architecture littéraire durable.
Principes de l’atelier
1. Pour produire du texte, il suffit de laisser venir ce qui vient sans réfléchir, en “laissant aller la main”, spontanément, en mettant de côté tout esprit d’auto-évaluation.
2. La lecture à voix haute des textes écrits est facultative.
3. Le groupe écrit à partir d’un ou plusieurs inducteurs proposés par les animatrices
4. Les animatrices écrivent aussi et, si elles le souhaitent, lisent leurs textes.
Les règles de l’atelier
Une attention particulière est portée à la création d’un cadre sécurisant et bienveillant, indispensable au bon déroulement des ateliers. Dès la première séance, les participants sont invités à adhérer à une charte de fonctionnement fondée sur le respect mutuel, la confidentialité des échanges, la ponctualité et l’absence de jugement. Cette charte encourage également le soutien entre pairs, la formulation de retours constructifs et le maintien d’un environnement exempt de consommation de substances ou de comportements à risque. Ce cadre partagé vise à favoriser la confiance, la sécurité émotionnelle et la liberté d’expression de chacun.
Séances
Le cycle débute avec la lecture des règles du groupe qui posent le cadre de l’atelier. Les animatrices amèneront les participants à créer un premier espace imaginaire de leur territoire mental à travers un exercice d’écriture qui reprend les mots importants énoncés dans les règles du groupe : l’expression, la sécurité, le soutien entre pairs, la créativité…
La deuxième séance s’appuiera sur des supports visuels (paysages, constructions) pour imaginer la base du territoire mental de chacun.e, son centre autour duquel gravite tout le reste : chacun se prêtera au jeu de la lettre pour donner les consignes de construction de cette base à un architecte imaginaire.
La troisième séance mobilisera la sensorialité et la musique pour imaginer l’environnement naturel qui pousse sur le territoire mental de chaque participant. Nous nous concentrerons sur les cinq sens : la vue, l’ouïe, le toucher, le goût et l’odorat pour décrire l’écosystème intérieur de chacun.e. Puis nous tenterons d’y introduire un personnage, une entité qui évolue dans chaque territoire imaginaire.
Le travail se poursuivra par une réflexion autour des émotions que peut générer la représentation interne d’un paysage monochrome imaginaire. Comment décliner les couleurs pour rendre possible la nuance ? Puis une visualisation guidée amènera les participants vers l’imagination d’un élément nouveau qui pousse et prend de l’espace dans le territoire mental de chacun.
Pour renforcer le sentiment de gestion émotionnelle, la cinquième séance invitera à décrire comment le refuge se défend face à une intrusion imaginaire.
Le parcours s’achèvera à la sixième séance, par l’écriture d’une carte postale pour partager ce voyage intérieur à un proche réel ou imaginaire, suivie d’un bilan convivial autour d’un apéro/goûter.
Résultat
L’impact principal est l’acquisition d’une distance émotionnelle salvatrice, où le participant ne subit plus ses émotions mais les observe et les dépose dans son territoire mental. Nous attendons un renforcement significatif du sentiment de contrôle et de stabilité grâce à la construction progressive d’un espace mental structuré. À terme, les bénéficiaires disposent d’une technique de réduction de l’anxiété autonome qu’ils peuvent mobiliser dans leur quotidien pour pallier les crises ou les débordements émotionnels.
Rôles des intervenant·es
L’animation est assurée par deux artistes pluridisciplinaires en formation d’art-thérapie, qui garantissent un cadre bienveillant et sécurisant. Leur rôle est de guider les inductions créatives sans jugement esthétique, tout en veillant au respect du processus de chacun. La qualité de leur accompagnement est assurée par une supervision régulière avec François Lacroix, art-thérapeute et professeur, et s’inscrit dans une volonté de collaboration avec les professionnels des HUG pour répondre aux enjeux spécifiques du trouble borderline.
Artistes intervenantes
Noa Roquet. Née en 2000, Noa Roquet est artiste-vidéaste, diplômée de la HEAD-Genève (Haute école d’art et design de Genève). Son travail oscille entre documentaire et fiction et s’ancre dans une démarche d’engagement social et sociétal. En 2023, elle crée l’association Les Ateliers de Création Citoyenne, au sein de laquelle elle mène des ateliers artistiques auprès de publics vulnérables, notamment à la Fondation Trajets et à l’Hospice Général. En 2026, elle commence une formation en art-thérapie expressive à L’Atelier à Genève et continue de développer des projets de médiation par l’art.
Line Grandjean. Née en 1998, Line Grandjean est iconographe à la RTS, diplômée en Interactive Media Design. Elle collabore avec les journalistes et les différentes émissions pour illustrer des sujets par la recherche et la production d’images. Son travail personnel est traversé par une envie de raconter des histoires, par l’image comme par l’écrit. Elle a notamment initié Exégèse Sociale, une série de livres mêlant photographies et textes autour de thèmes intimes et sociaux. En formation d’art-thérapie, elle souhaite aujourd’hui orienter ses projets à la croisée de la création et de l’accompagnement.
Conclusion
En offrant un espace où l’imagination devient un outil de reconstruction de soi, le projet "Bâtir un territoire de son esprit" propose une alternative innovante et complémentaire aux prises en charge classiques. C’est un investissement dans l’autonomie émotionnelle et la santé mentale citoyenne, permettant à chacun de devenir l’architecte de sa propre sérénité. Après ce premier cycle de 6 ateliers, sera évoquée la possibilité de reconduire le cycle en prenant en compte les retours des participants.
Nos besoins
Nos valeurs
gratuit
art
écriture
santé mentale